
L’histoire de La Réunion débute il y a plus de cinq siècles. La France en prend possession dès 1638.
1507–1663 : découverte et prise de possession
L’île est connue depuis plusieurs siècles par les marchands arabes. Mais les premiers européens à poser leurs pieds sur l’île furent les Portugais en 1507. Elle est alors nommée Mascarenhas, du nom de navigateur portugais Pedro de Mascarenhas. Son nom restera dans l’histoire pour la définition du nom de l’archipel des Mascareignes, qui comprend l’île Maurice, l’île Rodrigues et La Réunion.
En 1638, Salomon Goubert, capitaine du bâtiment de la Compagnie des Indes Orientales, le Saint Alexis, en prend possession au nom de Louis XIII, roi de France. Onze ans plus tard, Étienne de Flacourt, la nomme l’Isle de Bourbon. Et c’est en 1663 que les Français s’y installent définitivement. L’île de Bourbon devient une colonie française à part entière.
1663–1789 : Colonisation et Compagnie des Indes Orientales
En 1663, un premier groupe de dix esclaves malgaches menés par Louis Payen s’installent dans la baie de Saint-Paul. Deux ans plus tard une vingtaine de colons arrivent de France et développent la Compagnie des Indes qui installe son premier comptoir.
C’est cette dernière qui administre l’île de Bourbon. Elle organise le commerce, la colonisation de l’île et l’importation de main-d’œuvre en provenance de Madagascar. L’administration développe les premières implantations structurantes, les villes, elle organise également la culture et l’exploitation du café, girofliers et muscadiers. Une société esclavagiste voit le jour et durera jusqu’à la moitié du XIXe siècle.
Parmi les différents gouverneurs qui vont se succéder à la tête de l’administration de l’île, nous retiendrons en particulier Bertrand François Mahé de la Bourdonnais qui administra l’île jusqu’en 1746. Sous son impulsion elle connaîtra un développement considérable de l’administration et des infrastructures. Pour accompagner ce développement, les gouverneurs successifs ont massivement recours aux esclaves malgaches puis africains. On en recense 4 500 en 1736 et 18 000 en 1760 sur une population totale de 22 000 habitants. Par leur intermédiaire, une culture nouvelle basée sur des chants et des danses (le séga et le maloya) voit le jour.
A la fin du XVIIIe siècle, la culture du café périclite et la Compagnie des Indes Orientales fait faillite. L’île est rétrocédée au roi de France.
1789–1848: de la Révolution à l’abolition de l’esclavage
Au cours de la Révolution française, une assemblée coloniale est créée en 1790. Elle décide de rebaptiser l’Isle de Bourbon en Ile de la Réunion en 1794. À cette époque l’île connaît des difficultés économiques et sociales, conséquences de catastrophes naturelles en série et de graves pénuries. En 1799, suite à l’accès sur le trône de Napoléon Ier, l’île change à nouveau de nom pour devenir l’Ile Bonaparte. Elle est brièvement occupée par les anglais de 1810 à 1814 avant d’être rétrocédée à la France. Elle reprend alors le nom d’Ile Bourbon.
C’est à partir de cette date que la culture de la canne à sucre va fortement s’étendre, en réponse à la pénurie de sucre que connaît alors la France. La culture de la canne à sucre va rapidement supplanté celle du café et durablement marquer le développement de l’île mais aussi l’identité réunionnaise. Deux siècles après, le paysage réunionnais est encore marqué par cette culture omniprésente.
Cette véritable révolution agricole et industrielle nécessite une importation massive de main-d’œuvre. Ce sont plus de 45 000 esclaves qui seront déportés sur l’île depuis Madagascar et l’Afrique.
Le marronnage… ou la fuite des opprimés
Le mot Marron vient de l’espagnol cimarrón et signifie “s’échapper, fuir”. Il désignait d’abord les animaux domestiques qui devenaient sauvages. Le marronnage, commun à diverses colonies, est plus qu’un simple épisode à La Réunion : il est le ciment culturel de la vie humaine sur l’île.
L’arrivée des esclaves
Les premiers habitants de l’île Bourbon furent, en 1663, Louis Payen et une dizaine de Malgaches qui l’accompagnaient. C’est la fuite de ces derniers qui marqua le début d’une longue série d’échappées vers la liberté.
Jusqu’au début du XVIIIe siècle, rares sont les esclaves qui bravent ces interdits. Une dizaine de Marrons est recensée dans les bois. Puis le phénomène s’amplifie. En 1713, l’île est peuplée d’environ 1 000 personnes, dont la moitié d’esclaves. En 1721, on en compterait 2 000. En 1789, on dénombrait environ 61 300 habitants dont 50 000 d’esclaves !
Le peuplement rapide de l’île a plusieurs causes. D’abord, à la fin du XVIIe siècle, ce sont les femmes qui manquent aux colons bourbonnais… première arrivée d’esclaves. Ensuite, l’exploitation du café (début XVIIIe) puis celle des épices et enfin celle de la canne à sucre (début XIXe) nécessiteront une main d’œuvre supplémentaire… et donc des esclaves.
La privation de liberté, la non reconnaissance en tant qu’être humain et la séparation des familles, restent des blessures ouvertes. Certains esclaves préféraient donc la fuite, en dépit du sort promis s’ils étaient retrouvés.
Diverses formes de marronnage
La fugue (un mois), était passible du fouet, de la marque à l’épaule et de l’amputation d’un morceau d’oreille. D’autres esclaves partaient définitivement et s’organisaient en bandes ; certaines, nomades, changeaient de campement tous les soirs, tandis que d’autres, sédentaires, élisaient domicile en un endroit et créaient des villages, entreprenaient des plantations, instauraient selon leurs origines des systèmes politiques dirigés par des chefs ou des rois (comme le Roi Phaonce). Ce fut le premier peuplement des Hauts de l’île, délaissés par les Colons.
Pillages et captures de femmes pousseront le gouvernement à instaurer la chasse aux Marrons : les chasseurs traqueront et ramèneront les esclaves fugitifs morts ou vifs, moyennant finance. Les rescapés seront atrocement punis.
Cette répression n’empêcha pas le marronnage de durer jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1848. Même après, certains affranchis refusent de travailler pour leurs anciens maîtres, préfèrent fuir vers les montagnes.
Des traces indélébiles dans la mémoire du peuple réunionnais
Si le marronnage est encore présent à l’esprit, ce n’est pas tant par les vestiges qui pourraient en témoigner – ils sont rares – que par des noms de lieux qui viennent de l’histoire des Marrons. Par exemple, les trois cirques de La Réunion doivent leur nom à des Marrons :
Mafate était un Marron. Cilaos était la capitale du Grand Roi de l’Intérieur, Baâl, un Marron. Son nom viendrait du malgache Tsilaosa : “pays qu’on ne quitte pas”. Salazie, enfin, viendrait du malgache Salaozy, “bon campement”, nom donné par d’autres Marrons.
1849-1946 : de l’abolition de l’esclavage à la départementalisation
Ce n’est qu’en 1848 avec la proclamation de la deuxième République que Sarda Garriga proclame (enfin) l’abolition de l’esclavage à La Réunion le 20 décembre 1848. A cet instant l’île Bourbon redevient définitivement l’Ile de La Réunion. A cette date elle comptait alors 62 000 esclaves. Pour palier à l’abolition de l’esclavage, un nouveau système voit le jour, appelé « engagisme ». Plus de 100 000 travailleurs sont amenés sur l’île, essentiellement d’Inde, de Chine et de Madagascar.
L’âge d’or de la culture de la canne à sucre perdurera jusqu’en 1860 avant de connaître une crise profonde liée à la concurrence de la betterave à sucre ainsi qu’à une série de catastrophes naturelles et d’épidémies. Pour faire face à cette situation, les Réunionnais diversifient leur production agricole (vanille, girofle, café…) et introduisent de nouvelles cultures, notamment pour l’extraction des huiles essentielles (vétiver, ylang-ylang, géranium rosat…).
Au début du XXe siècle, La situation économique et sociale de la Réunion demeure fragile. La première guerre mondiale fera près de 3 000 morts, suivie de la grippe espagnole qui en causa le double. Le redressement économique amorcé après ces crises sera rapidement interrompu par le déclenchement de la seconde guerre mondiale.
De 1946 à aujourd’hui: départementalisation et mutations
Au sortir de la guerre, le projet de départementalisation est présenté à l’Assemblée nationale et est adopté à l’unanimité le 19 mars 1946. Ainsi La Réunion, La Guadeloupe, La Martinique et La Guyane deviennent des départements français d’outre-mer. Grâce à ce nouveau statut, d’importants investissements public permettent à La Réunion de se développer. Sa modernisation est fulgurante dans bien des secteurs (éducation, santé, économie, infrastructures, logements…). La Réunion découvre la société de consommation.
En 1982 la loi de décentralisation crée le Conseil régional au côté du Conseil général, aujourd’hui Conseil Départemental. En 1997, elle devient une région ultra–périphérique de l’Europe.
Au début du XXIe siècle, La Réunion poursuit son développement avec un taux de croissance plus élevé que la métropole. Aujourd’hui la Réunion est un territoire moderne, au niveau d’infrastructures élevé et au tissu économique dynamique et varié. Il n’en demeure pas moins de nombreux écarts par rapport à la métropole, en particulier dans les domaines sociaux et éducatifs. L’économie de La Réunion reste fragile et encore dépendante, elle accuse notamment un taux de chômage structurellement élevé, un taux de pauvreté encore important et un coût de la vie plus important qu’en métropole.